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L’Union a besoin d’une nouvelle direction, par Poul Nyrup Rasmussen

A deux jours du scrutin, le président du PSE interpelle les citoyens européens. « Cette élection européenne met chaque citoyen européen face à un choix essentiel, celui de tracer une nouvelle voie, qui nous permette de sortir de [la] crise avec une Europe plus forte, et plus juste. »

5 juin 2009, par Sébastien


Avec cette crise financière et économique, l’heure d’un nouvel ordre mondial a sonné. L’avenir du capitalisme est aujourd’hui une question ouverte. Car cette crise n’est pas une loi de la nature. Il s’agit bien d’un problème créé par l’homme, et que l’homme doit résoudre. Or un choix s’offre aux Européens, et la semaine prochaine, ce sont les Européens qui vont décider de leur avenir.

Quelque 375 millions d’Européens s’apprêtent à élire un nouveau Parlement européen - la plus grande élection transnationale de l’histoire.

Ils vont décider de la famille politique à laquelle ils souhaitent confier une bonne partie du pouvoir législatif et exécutif de l’Union européenne, et dans les mains de laquelle ils vont mettre la plus large économie au monde, et ce, pour les cinq années à venir. Ce qu’ils vont également décider, c’est le nom du prochain président de la Commission européenne.

L’Europe pourrait jouer un rôle bien plus important qu’elle ne le fait actuellement sur la scène internationale. Mais cela n’est possible qu’à travers un nouveau leadership progressif, sur la base d’une nouvelle majorité. Aucune autre région au monde n’a réussi à égaler l’UE dans l’association de l’intégration économique et de la mise en place de standards sociaux et environnementaux élevés. Nous sommes aujourd’hui arrivés à un moment décisif de l’Histoire, où les acquis des dernières décennies risquent d’être irrémédiablement sapés.

Pendant ces cinq dernières années, le Parlement européen et la Commission européenne ont été dominés par les conservateurs. Ces conservateurs négligent le social et l’environnemental, ne jurant que par le libéralisme économique en tandem avec l’administration conservatrice américaine.

Leur refus de tenir compte des mises en garde sur la crise financière mondiale a été encore aggravé par l’absence de réponse efficace au niveau européen. Les plans non coordonnés de sauvetage des banques nationales dans un premier temps ont été suivis par un timide plan européen de relance économique, qui s’est avéré incapable de stopper la récession économique. Les Etats membres en grande difficulté ont été obligés de demander de l’aide au Fonds monétaire international (FMI), plutôt qu’à l’Union européenne. La profession de foi des conservateurs en faveur de la régulation financière européenne s’est révélée être une hypocrisie : il a fallu attendre des mois avant que la Commission ne publie une proposition détaillée sur les fonds spéculatifs et de capital investissement, et celle-ci est une coquille vide.

Entre-temps, 10 millions de travailleurs vont perdre leur emploi d’ici à 2010. Malgré les efforts des premiers ministres sociaux-démocrates, l’Union européenne a bien peu de poids sur la scène internationale, comme en a témoigné le G20. Si le prochain G20 se passe de la même manière, alors nous laissons à la Chine et à d’autres puissances émergentes le soin d’écrire l’histoire, et c’est extrêmement grave.

L’Europe doit assumer un plus grand rôle dans la lutte contre la crise. Le plan européen de relance économique doit être renforcé, au conseil européen de juin, à travers des investissements publics et privés, pour créer de l’emploi en promouvant une croissance écologique et durable. La priorité immédiate est de prévenir le chômage de masse et d’aider les citoyens, en particulier les plus vulnérables. Il faut repenser fondamentalement la relation entre les marchés financiers et l’économie réelle. Notre économie est intégrée au niveau européen, et c’est pourquoi elle a aujourd’hui besoin de règles intégrées européennes.

Afin de nous assurer que tous les pays ont les moyens de financer leur relance, nous devons nous coordonner au niveau macroéconomique pour augmenter les investissements publics, renforcer l’efficacité des instruments financiers européens et lancer un nouveau projet européen, la mise en place d’Eurobonds, capables d’attirer l’épargne internationale en vue d’une véritable relance économique. Il faut mettre en place un pacte européen pour l’emploi et le progrès social pour protéger l’emploi, pour aider les citoyens qui sont dans le besoin, pour utiliser de manière intelligente les plans d’ajustement du temps de travail et, dans la mesure où certaines périodes d’inactivité sont inévitables, les utiliser pour permettre aux travailleurs de se former pour les emplois de demain.

Le choix qui s’offre aux citoyens européens est maintenant très clair : soit nous travaillons ensemble pour combattre la crise, soit nous attendons que ses effets nous divisent et nous affaiblissent, nous et les futures générations.

Notre relance économique ne doit pas se fonder sur un retour au statu quo. Si la crise nous a appris quelque chose, c’est bien que des marchés financiers mondiaux non régulés - et donc désolidarisés des besoins de la société -, une croissance instable et des inégalités sociales marquantes sont la recette parfaite pour un désastre économique.

L’Europe doit s’engager pour la réforme de l’économie mondiale. La nouvelle administration d’Obama nous donne une véritable opportunité pour une alliance transatlantique en vue d’un véritable changement de direction. Notre objectif commun doit être un nouvel ordre mondial - liant les pays développés à ceux en voie de développement pour lutter contre la crise, faire face au changement climatique, pour mettre fin à la pauvreté et pour assurer un travail décent pour tous.

Cette élection européenne met chaque citoyen européen face à un choix essentiel, celui de tracer une nouvelle voie, qui nous permette de sortir de cette crise avec une Europe plus forte, et plus juste.

Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti socialiste européen

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Cette tribune est parue dans Le Monde daté du 5 juin 2009



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