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Martine Aubry : « Nous avons le devoir avec la gauche européenne d’offrir au monde un nouvel horizon »

Le 6 décembre, le PS s’est doté d’une nouvelle direction et d’une feuille de route pour les trois années à venir. A la tribune, Martine Aubry a rappelé le fort engagement européen du parti et apporté son soutien à la démarche du manifeste. Extraits.

12 décembre 2008, par Sébastien


« La renaissance de la gauche dans chacun des pays européens passe par un projet commun sur l’Europe, car à l’aune de l’interdépendance et de la mondialisation, l’avenir de la gauche passe aussi par l’existence d’un projet commun pour l’Europe.

Il n’y a pas de gauche sans projet européen.

Nous sommes tous pro-européens, c’est-à-dire tous pour porter haut le continent qui croit que les hommes et les femmes peuvent définir leur avenir, un avenir juste, efficace, porteur de paix, de solidarité et d’humanisme en son sein et dans le monde.

Il y a une grande page, peut-être un grand livre à écrire aujourd’hui en Europe.

Je reviens avec beaucoup de nos camarades députés européens du Conseil du PSE à Madrid : le temps des socialistes est revenu. Il ne tient qu’à nous qu’il en soit ainsi.

L’Europe a connu 30 ans de nationalismes de 1914 à 1944 : elle en est sortie meurtrie et exsangue, en même temps elle a puisé dans ses malheurs la force de son union. L’Europe a alors traversé 30 ans d’influence sociale-démocrate de 1945 à 1975 appelées les « Trente Glorieuses ». Même le gaullisme en France se référait parfois à cette idéologie. Sont alors venus Thatcher au Royaume Uni puis Reagan aux États-Unis. Elle a alors connu 30 ans d’ultralibéralisme, d’économie financiarisée, de gonflements des écarts des revenus et de patrimoine.

Ce système est en crise. A nous de le remplacer. A nous d’écrire les 30 prochaines années. Si on ne le fait pas, les nationalismes reviendront, les populismes s’épanouiront, les extrémismes fleuriront. L’Europe y perdra son âme et la France son crédit. C’est la tâche essentielle que j’assigne à notre engagement socialiste.

Le vent de l’histoire a tourné le 11 septembre 2001 avec les attentats des Twin Towers à New York. George Bush a cru légitime de déclencher la guerre en Irak. Ses raisons étaient des mensonges. Sa décision a été une impasse. Le vent de l’histoire a encore tourné le 12 septembre 2008 avec la faillite de Lehman Brothers. Le 4 novembre il a pris le visage de Barack Obama.

Nous avons le devoir - avec la gauche européenne - d’offrir au monde un nouvel horizon, la responsabilité de présenter un nouveau modèle. Le moment est venu pour les socialistes français et européens de construire un projet alternatif à celui conduit actuellement par les droites européennes. C’est notre devoir.

Et pour cela il faut commencer par les élections en juin 2009 et devenir majoritaires au Parlement Européen. Je veux vous dire aujourd’hui que je m’engagerai personnellement, dans cette campagne, aux côtés de nos candidats. Je sais que le combat n’est pas facile. Mais nous pouvons, nous devons le gagner.

Le « Manifesto » adopté à Madrid le 1er décembre 2008 par l’ensemble des partis membres du PSE que nous complèterons par nos propres propositions, constitue une chance historique d’y parvenir.

Jamais sans doute nous n’avons autant partagé entre socialistes et sociaux démocrates européens, la philosophie de la construction européenne que nous voulons faire ensemble.

Après une analyse partagée de la crise systémique du libéralisme, ce manifeste affiche un réel projet visant à « donner un sens à l’Europe », cette Europe qui paraît aujourd’hui aux européens plus comme un problème que comme une solution.

Les premières phrases du ce manifeste sont particulièrement claires : « la droite suit le marché, nous suivons nos convictions » et puis « la droite propose de s’adapter au marché, nous proposons de façonner notre avenir ». Il dit clairement la volonté de profondément réorienter la construction européenne pour donner « un nouveau sens à l’Europe ».

Ce manifeste nous rejoint sur la volonté de donner à l’économie réelle toute sa place face à la finance. Il propose bien sûr de réguler les marchés financiers mais il annonce très clairement des mesures concrètes pour une croissance intelligente et écologique pour l’emploi et pour des emplois de qualité.

Il défend « une société plus juste plaçant les citoyens d’abord », mais aussi les moyens pour y parvenir. Il affirme la clause de progrès social pour garantir les acquis existants dans chaque pays, il prévoit un cadre juridique pour les services publics et des salaires minima décents dans tous les pays.

Ce manifeste propose avec des mesures précises que l’Europe soit le leader mondial du développement durable et contre la crise climatique.

Il affirme comme un objectif fondamental, au même niveau que les précédents, la promotion de l’égalité des sexes dans l’union européenne.

Il affirme que la solidarité que nous portons ne peut s’arrêter aux frontières de l’Europe, d’une Europe qui doit être porteuse de paix et d’équilibre dans le monde, qui doit porter un regard différent sur les immigrés et une ardente obligation vis-à-vis du Sud.

Ce manifeste est la première pierre de l’Europe que nous voulons construire. Il y en aura d’autres. Je vous fais plusieurs propositions.

Tout d’abord de lancer une campagne de soutien au manifeste et au programme des socialistes français pour l’Europe auprès de tous les militants d’une Europe digne de ses pères fondateurs.

Mais l’Europe doit être aussi auprès de nos concitoyens au moment où la récession les touche de plein fouet.

D’ores et déjà et je vous l’annonce, nous avons prévu deux rencontres avec nos camarades européens, sur la crise économique et sociale et les moyens d’y remédier :
- l’une avec nos camarades espagnols en janvier, eux qui ont conduit avec José Luis Zapatero une relance économique exemplaire ;
- l’autre avec nos camarades du SPD qui vont prochainement présenter un candidat comme chancelier en face d’Angela Merkel, pour débattre avec eux avant le sommet franco-allemand de mars 2008 pour débattre sur la crise économique et promouvoir des réponses coordonnées.

J’ajoute que nous rendrons public en janvier un bilan de la Présidence Française de l’Union Européenne ainsi qu’un compte rendu de mandat de l’action de nos députés européens.

Comme symbole de notre engagement européen, j’ai souhaité que nous rejoigne dans la direction du Parti, la présidente du PSE des femmes, qui joue un rôle majeur pour la lutte contre les discriminations des femmes, Zita Gurmai, socialiste hongroise, qui a accepté, accompagnée d’une de nos camarades, d’être notre secrétaire nationale aux droits des femmes. Elle est là. Elle représente l’Europe dans sa dimension historique, dans son héritage humaniste et politique. Elle a accepté avec l’enthousiasme et la force que chacun lui connaît cette proposition. Je l’en remercie du fond du cœur.

L’Europe doit aussi peser dans les instances internationales, pour défendre notre volonté d’un nouveau modèle de développement. Elle doit aussi faire entendre une voix forte contre l’unilatéralisme américain qu’Obama veut cesser et son discours du choc des civilisations, au profit d’un monde multipolaire, développer une sécurité européenne porteuse de paix dans le monde, et aussi être sur tous les terrains où les droits et libertés des hommes et des femmes sont bafoués. L’Europe et la France doivent prendre la tête de la solidarité internationale et en priorité vers le Sud. Nous vivons dans un monde où la richesse globale n’a jamais été aussi forte et où elle n’a jamais été aussi inégalement répartie.

C’est ainsi mes camarades que nous construirons l’Europe et agirons dans le monde, pas seulement en réfléchissant à Solférino, mais en allant au front partout, à Bruxelles, à New-York, à Pékin, à New-Dehli, à Sao Paulo, à Dakar ou à Bamako, pour défendre le monde que nous voulons et convaincre et construire des partenariats féconds qui feront naître et gagner la gauche. »

Martine Aubry,
Première secrétaire du PS,
Conseil national du 6 décembre 2008

Téléchargez le texte complet du discours (PDF)



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